Écrits à Vif

les 1 et 2 mars à 19h30

direction artistique et pédagogique :

Christian Taponard

avec :

Alexis Barbier, Baptiste Bouissou, Lucas Bustos Topage, Iris Calipel, Julien De Saint Jean, Inès Dhabi, Guillaume Douat, Myriam Fichter, Victoria Granger, Dan Lecuillier, Valentin Ventosa et Floriane Vilpont

élèves du Cycle d’orientation professionnelle 1ère année (COP1)

À l'occasion d'un stage et parallèlement à un travail sur les approches et les techniques spécifiques à la question de la lecture théâtralisée, les élèves lisent et explorent « au plateau » quatre textes dramatiques francophones proposés par Christian TAPONARD et deux proposés par Patrick PENOT et Chantal KIRCHNER, en lien avec la sixième édition du Festival Sens Interdits 2019. Après discussions et échanges passionnés, deux de ces textes seront retenus pour être présentés en public au cours de ce week-end, sous forme de lecture mise en jeu, en présence de leurs auteurs (sous réserve). Les écritures explorées sont plurielles et contrastées, tant dans leur forme que dans les thématiques abordées. Entre drame et comédie, tragédie et farce, burlesque et tragi-comédie, violence et absurde, les écritures théâtrales contemporaines confrontent la petite histoire des individus et la grande Histoire qui traverse, bouleverse et parfois anéantit leurs vies… Les six textes dont se sont emparés les jeunes comédiennes et comédiens sont un reflet saisissant de cette diversité. Le théâtre contemporain nous parle de nous, de nos travers et de notre impuissance face aux dérèglements du monde, de nos rages et de nos utopies secrètes aussi, de ce qui nous manipule et nous perd, de la déshumanisation et du grand espoir de rester humain…  

Almas

de Muhaned AL HADI (Irak) traduction  Praline GAY-PARA En vue de réalisation d’un documentaire, un cinéaste interroge Almas, une jeune femme yézidi, sur ce qu’elle a vécu au moment où les hommes en noir de Daech ont envahi son village, semant la dévastation et la mort. Il lui demande ensuite de raconter son calvaire, les viols successifs, la haine des combattants envers les femmes, l’humiliation d’être vendue sur un véritable marché aux esclaves… Avec une précision, une émotion tantôt dévoilée, tantôt mise à distance, l’écriture de Muhaned AL HADI délivre une parole d’une force tellurique, sans pathos ni didactisme. Au-delà de la dimension documentaire, cette parole nous entraîne dans la violence et la folie d’une épopée révoltante. Elle interroge également notre regard d’occidentaux, entre compassion, entre compassion impuissante et froideur. Mais jamais la lumière de l’enfance, des joies passées d’une communauté harmonieuse et d’un espoir à venir ne quitte Almas. Et son témoignage alors devient combat… « Maman ! Je pleurais sur les souvenirs et sur les maisons. J’ai pleuré les couleurs qui avaient disparu et ta robe déchirée. J’ai pensé à toutes mes prières qui ne sont sans doute jamais parvenues jusqu’à Dieu. J’ai eu peur que ma voix ne s’éteigne dans la forêt des trahisons et des déceptions. Je n’étais plus concernée par rien, ni par mon corps, ni par mes souvenirs. Tout était parti en fumée et je restais là, seule au monde et vide. »  

Isadora comme elle est belle et quand elle se promène

de Milena CSERGO Éditions Théâtrales/Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre, 2019 Isadora erre dans la ville, elle se promène, elle court, elle va, elle fuit, sans répit. Son regard sur le monde oscille sans cesse entre émerveillement et terreur. Envoyée par sa mère pour acheter des framboises, elle se perd dans les méandres et les possibles d’un univers trop vaste pour elle, forêt urbaine qui à chaque instant pourrait l’engloutir. Elle va rencontrer des êtres qui ne sont plus déjà complètement humains, des animaux fabuleux et l’aventure à chaque coin de rue. Quant au garçon-cheval qui la prend sur son dos, il est porteur de toutes les promesses sexuelles et de tous les dangers. L’innocence d’Isadora est une malédiction, mais les oiseaux veillent qui lui permettront de quitter définitivement les pesanteurs terrestres. Chaque vague de cette puissante écriture poétique et musicale nous emporte. Chaque mot est une blessure et une délivrance. Isadora nous fascine et nous inquiète. Nous voudrions la sauver, mais nous savons trop qu’elle court vers un destin que personne ne peut empêcher. Le chemin de son initiation est tracé depuis toujours, comme dans les sombres contes de notre enfance… Mais c'est aussi une quête effrénée de sa liberté qui la guide... « - Isadora et comme elle se promène sur le dos du garçon cheval rit tellement fort que les arbres tremblent que la ville lumière Que les framboises Que les framboises Il faut Les chercher ou Non Peut-être que non Faut pas Tant pis Peut-être qu'après tout ils vont pas en manger ou que sa mère aura changé d’idée Tant pis les invités tant pis Ils mangeront pas la tarte Ils pourront discuter ils pourront dire Sardine et c'est framboise Couteau et c'est framboise Pâté et c'est framboise et si ça marche pas tant pis ça sert à rien de discuter - Et le garçon cheval courait. »
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